Image: Ron Mueck, the shy artist behind monstrous sculptures
Mounting of the exhibition 'Ron Mueck' at the Fondation Cartier pour l'art contemporain. Photo © Michel Slomka - MYOP Lumento for the Fondation Cartier pour l'art
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Ron Mueck, the shy artist behind monstrous sculptures Portrait by Valérie Duponchelle on the occasion of his exhibition in Paris

7 June 2023
Fondation Cartier, Paris

Ron Mueck, l’artiste timide des sculptures monstres

À Paris, la Fondation Cartier pour l’art contemporain expose pour la troisième fois le sculpteur australien de Londres. Rencontre avec un homme secret dont les œuvres défient le réel.

Par Valérie Duponchelle


Ron Mueck, c’est l’artiste le plus extraordinaire qui soit, c’est-à-dire hors du commun. En témoigne Mass, 100 gigantesques crânes humains qui se superposent comme une montagne blanche dans le grand espace vitré de Jean Nouvel pour la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris. Pas loin des catacombes, tapies sous le lion de Denfert-Rochereau. Ces crânes pâles jouent de la lumière au fil des heures et composent un paysage à la fois surnaturel et familier, commun à toute l’humanité, entre le memento mori et le jeu surdimensionné de mikado. D’où ce sentiment partagé du public, plus proche de l’émerveillement que de l’effroi, devant cette installation qui se voit du boulevard Raspail, comme du jardin à l’anglaise de la Fondation. Memento mori, 'souviens-toi que tu vas mourir' dit le christianisme médiéval pour exprimer la vanité de la vie terrestre et la nécessité du détachement.(...)

Ron Mueck, 65 ans, c’est l’artiste le plus discret qui soit, pour ne pas dire un fantôme. Il fuit les mondanités, craint le contact, évite les interviews et autre rituels de l’art, comme si tout ce vacarme l’empêchait de réfléchir, voire de respirer. «Je suis timide, presque autiste en fait. Je l’ai toujours été. (...) 

Je n’aime pas me faire remarquer. Je ne suis pas un rêveur, je suis juste plongé dans mes idées, dans mon travail. Je suis un homme de studio, reclus sur l’île de Wight, c’est là que se tient ma vie», nous confie cet homme fin, sobrement vêtu de noir et de blanc, dont la politesse et la réserve paraissent venir d’un temps très ancien où parler de soi est déplacé. (...)

Sa sensibilité est communicative. Son épouse, Caroline Willing, est la fille de feu Paula Rego, la grande peintre portugaise et la seule femme qui ait réussi à s’imposer dans l’École de Londres. Elle en a la vivacité et le charme latin. C’est d’ailleurs Paula Rego qui lui demanda de faire une petite sculpture de Pinocchio pour son exposition de groupe «Spellbound: Art and Film», en 1996, à la Hayward Gallery de Londres. (...) 

«Ron Mueck, j’ai d’abord rencontré l’œuvre avant l’homme, à Londres, dans “Sensation”, l’exposition qui révéla la collection de Charles Saatchi, Damien Hirst, Tracey Emin et toute la YBA (Young British Artists) Generation, en 110 œuvres, à la Royal Academy en 1997, avec le commissariat de Norman Rosenthal», se souvient Hervé Chandès. Il signe ainsi sa troisième exposition «Ron Mueck» qui marque l’arrivée de Chris Dercon, ex-président du Grand Palais et nouveau directeur général de la Fondation Cartier. (...)

Après la fermeture de la galerie Anthony d’Offay en 2001, Ron Mueck a été représenté par la galerie suisse Hauser & Wirth, et désormais par Thaddaeus Ropac qui a exposé ses «25 ans de sculpture» dans sa galerie de Londres à Ely House en 2021. Ron Mueck refuse l’étiquette de l’hyperréalisme. Au vernissage privé, mardi soir, le Tout-Paris de l’art se pressait pour le voir, de Fabrice Hyber à Sophie Calle et Annette Messager. Un bain de foule qui n’est pas coutume.

 

« Ron Mueck», à la Fondation Cartier (Paris 14e), jusqu’au 5 novembre.

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